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Daudet La maison de l’écrivain

vendredi 28 novembre 2003, par Raphaël Zacharie de Izarra

Je m’approchai de l’humble demeure. Isolée, sise entre ciel et champs, battue par les vents, couverte de lierre, elle ressemblait à un navire au milieu des herbes. Éole faisait grincer ses vieux bois, et son toit de tuiles qui s’affaissait pesait comme un manteau de pierre.


Une âme hantait les lieux : cette maison abandonnée respirait, dégageant une atmosphère pleine de nostalgie. Je sentais un souffle, j’entendais battre un coeur : les murs vivaient. A travers ses fissures, je remontais dans le temps. La pierre me racontait tant d’histoires... Ce toit dans la campagne avaient été l’asile d’un poète, jadis.

Poussant la vieille porte prise dans les herbes folles, j’entrai sans trop de difficulté. La pièce unique sans fenêtre et aux murs nus s’éclaira dans une odeur de vieilles poutres et de ronces. Son aspect était fruste, rustique, presque monacal. Il y avait une table, une chaise, un lit avec une table de chevet. Sur la table, une chandelle, quelques feuilles vierges jaunies, une plume dans son encrier séché. Sur le meuble de chevet, une carafe en terre. Reliques d’une autre époque...

Charmé par ce tableau idyllique, humant avec délices les effluves intacts de la chambrette, les yeux fermés je laissai courir un instant mon imagination.

Devant moi les fantômes du passé apparurent. Je vis un écrivain penché sur ses feuillets, la plume en suspens, une flamme dans l’oeil. C’était la nuit, la chandelle éclairait sa minuscule table de travail. Sa mise était apprêtée. Il était vêtu à l’ancienne. Ses cheveux en arrière étaient coiffés avec soin. C’était une coupe du XIXème siècle. Il y avait, accrochés à un clou de la porte, un chapeau avec une longue plume fichée en son côté, ainsi qu’une besace. Cet homme écrivant dans la nuit, je crus le reconnaître. N’était-ce pas... Alphonse Daudet ? A moins que ce ne fût Maupassant ? Ou alors Musset ? A travers l’apparition onirique, je voyais indistinctement des visages, des silhouettes illustres surgies du siècle romantique.

Je m’attardai dans mon rêve éveillé... Et cette fois c’est moi qui était le fantôme : je me sentais comme un intrus invisible en train d’épier les hôtes des lieux. Les yeux clos, humant toujours la poussière séculaire de la pièce, je laissai mon esprit vagabonder encore.

Au coeur de la nuit se faisait entendre le cri d’un hibou. Un chat perché sur une poutre observait l’écrivain. Dans l’âtre, une braise finissait de se consumer. La vision était nette à présent. Je vivais ce qu’avait vécu l’écrivain. J’étais devenu témoin de la légende, approchant d’un souffle le mythe, présent dans l’histoire secrète de quelque auteur...

En pénétrant dans ce refuge à l’abandon, l’imagination m’avait emmené jusque dans l’intimité d’un poète, à un siècle et demi de distance, à deux pas des muses.

Raphaël Zacharie de Izarra


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