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Daudet Mirage anachronique

vendredi 28 novembre 2003, par Raphaël Zacharie de Izarra

Je le vois à 150 années de distance, arpentant les chemins ensoleillés des environs d’Arles. Avec son chapeau blanchi par la poussière, sa besace typique, son air parisien, je le reconnais.


C’est Alphonse Daudet. L’image est nette. Je le vois, l’entends, le sens. Ma pensée l’escorte. Je suis à ses côtés, en plein XIXè siècle. Il chemine vers Fontvieille. J’entends le bruit de ses pas, le balancement de sa besace, et j’ai chaud sous le soleil de Provence.

Dans le ciel, pas un nuage. Juste quelques oiseaux furtifs dans la lumière estivale. Devant moi, un paysage radieux. La sérénité, à perte de vue. Je me fonds avec aisance dans ce siècle révolu, comme s’il avait été le mien : j’oublie les traînées blanches de nos avions, le bruit de nos moteurs, tout le vacarme de l’ère technologique. Je fais corps avec la lenteur d’une autre époque, avec le pittoresque, le désuet d’un siècle défunt. Des parfums oubliés se réveillent à travers moi... Et réapparaissent des sentiers, enfouis dans un autre âge. Daudet est là, qui marche paisiblement. J’assiste à la scène, enchanté. Moi fantôme, lui vivant

Il s’assied sur le bord du chemin à l’ombre d’un arbre, tire de sa besace un fromage, du pain bis, quelques pommes, une bouteille de vin coupé d’eau qu’il se verse dans une cruchette... Festin d’un autre temps.

Yeux clos et coeur quiet, je l’observe à 150 ans de là, témoin spectral, fugace mais privilégié d’instants de sa vie. Étrange intrusion dans le passé sur les pas de Daudet, quelque part en Provence... A son insu, surpris dans ses gestes familiers au gré d’une apparition, d’un songe éveillé ! Le rêve est cependant précis, réaliste : immergé par la pensée dans ce monde qui n’a plus cours, je m’éveille à ses charmes.

De mon XXIè siècle je me sens loin, très loin : en compagnie de Daudet je suis. Dans l’intimité de son époque. Là où la ville avec ses bruits de sabots, d’enclumes et de cloches respire la campagne, où partout l’âtre réunit les âmes, où l’humble chandelle éclaire les étables, allume les chambres, où la Lune sert de lanterne... Hanté par ma vision, je finis par faire totalement partie de l’univers qui m’habite.

Sustenté, reposé, Daudet se lève. Il hésite un peu avant de reprendre sa route, car le soleil commence à être accablant. Puis je le vois s’éloigner lentement dans la lumière de l’été provençal. Il se dirige vers un horizon indéfini, un décor noyé dans une lumière éclatante.

Soudain, la vision s’estompe.

Progressivement, les choses m’apparaissent lointaines. Alors la silhouette de Daudet devient de plus en plus diffuse, irréelle. Je peux cependant l’apercevoir cheminer quelques instants encore, avant que tout ne s’évanouisse parfaitement. Juste avant de sortir de mon rêve, au loin dans la campagne tremblante, en direction des pas de Daudet je parviens à distinguer, frêles et déjà flous sous les effets de la vision mourante, les contours majestueux et éoliens de ce qui constitue les ailes d’un auguste, légendaire, ancestral moulin.

Raphaël Zacharie de Izarra


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